Tristesse et désarroi chez les employés

Mises à pied chez Kruger

Le Nouvelliste

À leur sortie de l’usine Kruger hier, les employés avaient peine à masquer leur tristesse et leur désarroi.
Même si tous les détails des prochaines mises à pied ne leur ont pas encore été divulgués, la plupart savent qu’ils se retrouveront bientôt sans emploi. «Le moral est très bas. C’est la surprise pour plusieurs d’entre nous, surtout qu’il n’y avait aucune rumeur ou information laissant présager une éventuelle fermeture. Personnellement, je pense bien être touché. C’est triste», a laissé tomber Jonathan Lesage.

Certes, le contexte économique n’est pas favorable aux papetières, mais l’ampleur des coupes surprend grandement. «On le sait que ça ne va pas bien, mais de là à couper 300 gars. C’est quand même la moitié de l’usine! Même le syndicat n’a pas vu venir le coup», a observé Marc Beaulieu.

La nouvelle est tombée comme un coup de massue hier matin vers 10 h par voie de communiqué. «Ce que je trouve déplorable est que nous l’avons appris par les médias, bien avant que le communiqué ne soit émis. Que voulez-vous, le marché du papier ne se rétablit pas. Il fallait quand même s’y attendre. La situation n’est pas meilleure dans la région qu’ailleurs au Québec», a indiqué Jacques Fournier.

Cependant, il soutient que le moral des troupes n’est pas si pire dans les circonstances. «Il est encore bon. Les gens font leur journée normalement même si c’est vraiment le sujet du jour», a-t-il ajouté.

Pour sa part, Robert Babin parle d’un choc dans l’usine. «C’est sûr que les gens vont finir par en revenir. Le plus difficile reste à venir. À la fermeture des machines, les employés vont se trouver devant le fait accompli. Personnellement je ne pense pas être touché mais encore là… Quel est l’avenir de l’usine? Nous n’avons pas de contrôle là-dessus. On fait ce qu’on a à faire en espérant que s’il y a une fermeture, elle ne survienne pas chez nous», a-t-il précisé.

Le pire à l’heure actuelle demeure d’ailleurs l’incertitude. «On ne sait pas grand-chose encore à part qu’il y a des coupures qui s’en viennent. On ignore l’ampleur exacte, à quel moment elles se feront et dans quelle mesure. Comme les autres, je pense bien être touché. Pourtant, on essaie tous de faire pour que ça fonctionne», a souligné un travailleur qui a préféré garder l’anonymat.

Plusieurs ne sont d’ailleurs pas très optimistes quand à l’avenir de l’usine. «Ça va de mal en pis», a confié Yves Paquin. «Il y a une usine qui va finir par fermer à un moment ou un autre», a ajouté Robert Babin. «Je ne sais pas quoi dire à part que l’avenir des papetières ne regarde pas vraiment bien», a mentionné Jonathan Lesage.

Marc Beaulieu demeure cependant confiant. «Ça va finir par repartir. Il va y avoir une restructuration et ça devrait aller mieux, du moins on va se le souhaiter» a-t-il conclu.

Un plan de soutien

Avec les mauvaises nouvelles qui frappent à nouveau une compagnie phare de sa circonscription fédérale, soit Kruger, la députée de Trois-Rivières, Paule Brunelle, réclame une fois de plus un plan de soutien pour l’industrie forestière.

«Le gouvernement conservateur nous démontre qu’il n’a rien compris des besoins de l’industrie forestière et qu’il n’est pas disposé à l’écouter», soulève-t-elle. «S’il avait réellement eu la volonté d’agir en faveur de l’industrie forestière, ce gouvernement aurait depuis longtemps prêté l’oreille aux suggestions du Bloc Québécois, qui a déjà fait part des actions qui sont nécessaires, soit des bonifications à l’assurance-emploi, une politique visant à encourager l’utilisation du bois et des garanties de prêts», poursuit la porte-parole bloquiste en matière de Ressources naturelles.

Selon elle, cette annonce démontre que le gouvernement conservateur abandonne le Québec. Et pour éviter le pire, précise-t-elle, il faudrait agir sans plus tarder.

«Les forestières doivent faire patienter leurs créanciers parce qu’elles ont été laissées à elles-mêmes depuis cinq ans et de telles garanties de prêts offriraient le répit dont nos entreprises ont besoin en attendant de se remettre en selle», conclut Mme Brunelle.