Kruger-Wayagamack: congé forcé pour Noël

Arrêt de la machine numéro 3

Marc Rochette
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) La période des Fêtes sera assombrie pour une centaine de travailleurs de l’usine Kruger-Wayagamack de Trois-Rivières. En effet, ils seront en congé forcé du 23 décembre au 23 février en raison de l’arrêt temporaire de la production du papier annuaire.

«La société a dû prendre cette décision en raison de la valeur élevée du dollar canadien et de la faiblesse de la demande pour le papier annuaire», a expliqué le porte-parole, Jean Majeau, tout en rappelant qu’il s’agissait d’une troisième réduction du genre cette année.

Cette interruption de deux mois de la machine à papier numéro 3 touche donc le cinquième du personnel de l’usine. Avant l’acquisition de la Wayagamack par Kruger, au début des années 2000, les installations de l’île de la Potherie faisaient travailler quelque 600 personnes.

«On n’est pas témoin d’une hausse substantielle de la demande, on ne sait pas quand nous allons atteindre le plateau, mais on continue à se serrer les coudes et à réduire les coûts de production le plus possible», a-t-il ajouté, reconnaissant l’effort des employés en ce sens.

Selon le vice-président principal Affaires corporatives et communications chez Kruger, la baisse de la vente du papier annuaire s’explique, entre autres, par la décision de certains États américains de distribuer le bottin téléphonique sous forme de CD.

La veille de l’annonce «pas surprenante», les instances syndicales avaient eu droit à une présentation de la situation 2009 à la division Wayagamack et des perspectives budgétaires pour la prochaine année.

«Avec un marché du papier annuaire en décroissance de 15 % par année, on s’attendait à ça», a confié le représentant national du Syndicat canadien des communications, de l’énergie et du papier (FTQ), Claude Gagnon.

À cela s’ajoute une concurrence internationale de la part de producteurs de papier journal qui se lancent dans la fabrication de papier annuaire, et ce, à moindre coût.

«Et à la Wayagamack, notre façon de produire le papier annuaire avec de la pâte mécanique, c’est plus dispendieux, car on doit y ajouter de la pâte kraft, ce qui coûte très cher», précise-t-il, par rapport aux rivaux du secteur papetier dont la pâte est défrichée par des raffineurs.

À son avis, la mesure qui sera appliquée pour le début de l’année représente «le scénario le moins coûteux», des commandes étant de toute façon destinées à être livrées plus tard.

«En attendant, on regarde toutes les possibilités de réduire les coûts de production et on sait où on doit travailler», affirme M. Gagnon.

Pour celui-ci, le vrai scénario consisterait à se retirer du papier annuaire ou, encore, à le faire à base de pâte thermomécanique. «Cela baisserait les coûts et aiderait l’autre équipement», prétend le représentant syndical.

Or, ce dernier ne cache pas que l’entreprise cherche une nouvelle niche qui pourrait maximiser l’utilisation de la machine numéro 3 «en comblant les trous».

Par contre, Claude Gagnon est bien conscient que l’heure n’est pas aux grands investissements. Au contraire. Et c’est ce qui inquiète actuellement les travailleurs, même par rapport à leur régime de retraite.

Un nouveau «groupe» BTRP

Selon ce que Le Nouvelliste a appris, la société Kruger veut regrouper les usines de Brompton et Trois-Rivières, sur le boulevard Gene-H.-Kruger, ainsi que la scierie de Parent sous une même entité distincte. L’implication de la Société générale de financement dans la division Wayagamack aurait pour effet d’écarter cette dernière de la modernisation de l’entreprise.

En coulisses, on craint que le nouveau «groupe» BTRP (Brompton-Trois-Rivières-Parent) sombre dans des difficultés financières et sur la voie d’un recours aux tribunaux pour se protéger de la faillite.

Avec l’impact d’une pareille stratégie telle que vécue actuellement chez AbitibiBowater, où les prestations de retraite risquent d’être amputées de 10 % à 25 %, une nouvelle bataille se dessine à l’horizon derrière les murs de la compagnie Kruger.

Kruger: une année à oublier…
– 27 février au 9 mars: arrêt de papier couché – 625 mises à pied

– 1er juin au 31 juillet: arrêt dans les scieries – 450 mises à pied

– 10 juillet: annonce de 400 mises à pied pour le 30 octobre à Trois-Rivières

– 31 août au 8 septembre: arrêt du papier annuaire – 80 mises à pied

– 1er au 13 septembre: fermeture complète de l’usine de Trois-Rivières – 700 mises à pied

– 26 septembre à aujourd’hui: arrêt dans les scieries – 450 mises à pied

– 13 octobre: 280 départs ou mises à pied à l’usine de Trois-Rivières

– 23 décembre au 23 février 2010: arrêt du papier annuaire: 100 mises à pied

Aujourd’hui

Kruger Trois-Rivières: 700 employés

Kruger-Wayagamack: 535 employés

Scieries Kruger et forêt: 125 employés (en arrêt)