Jour noir pour Kruger

400 emplois perdus

Il ne restera plus que 300 travailleurs à l’usine du boulevard Gene-H.-Kruger.

Photo: François Gervais

Le Nouvelliste

La saignée se poursuit dans l’industrie papetière alors que Kruger vient d’annoncer pas moins de 440 pertes d’emploi dans ses deux usines de Trois-Rivières. Cela aura effet de réduire de 40 % des effectifs déjà amoindris depuis l’automne dernier.

Conséquence? Il ne restera plus que 300 travailleurs aux installations du boulevard Gene-H.-Kruger, tandis que la division Wayagamack comptera quelque 350 employés.

Il s’agit de l’une des pires annonces de mises à pied dans l’histoire de l’entreprise.

Dans le premier cas, les machines à papier numéro 1 (papier couché) et numéro 6 (papier surcalandré), ainsi que la coucheuse numéro 8 cesseront la production à compter du 11 juin 2010 pour une période indéterminée. À elle seule, cette mesure affectera environ 320 employés répartis dans les secteurs de la production, de l’entretien et de l’administration.

L’usine poursuivra cependant la production de papier journal, ce qui représente le maintien de quelque 300 emplois.

À l’usine Kruger Wayagamack, la machine numéro 3, dont la production de papier annuaire avait cessé le 31 décembre dernier et devait redémarrer en juin, demeurera fermée pour une période indéterminée. Le prolongement de cet arrêt affecte environ 120 employés.

Toutefois, l’usine Wayagamack poursuivra la production de papier couché, ce qui représente le maintien de plus de 350 emplois.

Tant du côté de Wayagamack que de l’usine du boulevard Gene-H.-Kruger, les espoirs de récupérer ces emplois sont jugés très minces.

«Malheureusement, malgré tous les efforts déployés par nos employés et tous les programmes de réduction de coûts, on se bute à des conditions de marché qui demeurent défavorables, notamment la valeur élevée du dollar canadien et une baisse de la demande qui a chuté de 30 % depuis deux ans», a commenté le vice-président principal, Affaires corporatives et communications, Jean Majeau.

«Nous ne prévoyons pas à court ou à moyen terme qu’il y aura une reprise possible pour la production de ces types de papier.»

Selon lui, il s’agit d’une décision difficile à prendre que la société Kruger a tenté de repousser le plus longtemps possible, espérant toujours que la situation s’améliore. «On a eu un sursis d’une année», fait-il remarquer.

Car celui-ci a rappelé que 400 mises à pied avaient été annoncées en juillet 2009, pour le 30 octobre de la même année, à son usine du boulevard Gene-H.-Kruger. Initialement, cette décision impliquait la fermeture de trois machines à papier et de deux coucheuses, ainsi que des ateliers d’écorçage du bois et de pâte mécanique.

Mais quelques semaines avant la date butoir, la compagnie annonçait le maintien de 120 de ces emplois, réussissant à sauver l’une des deux chaînes de production de papier couché. Et finalement, la moitié des 280 mises à pied se sont transformées en départ à la retraite, pour une perte nette de 135 emplois.

«Notre objectif est de protéger les actifs de la compagnie et de maintenir le plus d’emplois possibles», confie le porte-parole.

Interrogé à savoir si le scénario d’une fermeture de l’une ou l’autre des usines était envisagé pour concentrer la production, il a répondu que ce ne serait pas possible de déménager de tels équipements, Wayagamack ayant «une grosse coucheuse» et l’autre usine ayant «deux grosses machines à papier journal».

«Mais le défi est encore majeur car il y a un important surplus de capacité sur le marché pour plusieurs types de papier», a conclu celui qui parle d’une bataille pour rester compétitif.

Des mesures spéciales

Avec «la mauvaise nouvelle» qui vient de frapper Kruger, le maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque, réclame auprès du gouvernement du Québec des mesures spéciales pour sa ville.

«Lors de son récent passage, le ministre Clément Gignac disait avoir une oreille attentive. Alors, je lève la main haut et je dis d’une voix forte qu’on doit sortir en dehors des programmes pour arrêter l’hémorragie, sortir des sentiers battus», a-t-il commenté, ayant déjà contacté hier matin les gens du bureau du ministre du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation pour solliciter une rencontre.

D’ailleurs, son attachée de presse, Anne-Sophie Desmeules, a confirmé la démarche du premier magistrat. «On a été bien informé et le suivi va se faire», a-t-elle indiqué, pendant que son patron participait à la réunion du conseil des ministres.

La députée de Trois-Rivières, Danielle Saint-Amand, n’a pas tardé à parler à l’entourage du ministre Gignac, tout comme à celui du ministre de l’Emploi et de la Solidarité, Sam Hamad.

«C’est une triste nouvelle, on doit soutenir les employés et Kruger dans ses demandes et s’il faut faire une rencontre, on en fera une», a-t-elle déclaré à sa sortie de la période des questions à l’Assemblée nationale. Et elle entend bien attirer l’attention de sa collègue-ministre régionale, Julie Boulet.

Mais si le maire Lévesque parle que Kruger a besoin d’aide pour passer à travers la crise, il a aussi une pensée pour le projet d’agrandissement de Premier Aviation qui pourrait ajouter quelque 200 emplois aux 250 déjà existants. «L’entrepreneur est plus craintif à faire des investissements, alors, ça prend un coup de barre», soutient-il.

Dans ce dossier, celui-ci précise qu’il y a «un travail de fait» avec Investissement Québec. «Mais on doit aller plus loin», tient-il à répéter.

«On doit tout faire pour garder ce qu’on a et ne pas perdre plus qu’on a perdu», poursuit M. Lévesque, invitant les gouvernements à se montrer imaginatifs pour favoriser la diversification économique.

Selon lui, on doit miser sur l’avantage géographique de Trois-Rivières pour développer une économie autour du tourisme sportif et culturel, d’où l’importance des projets d’amphithéâtre et de Colisée. «Il ne faut plus attendre, mais agir», a-t-il conclu.