Impasse à l'usine Kruger-Wayagamack

Demande de concessions

Marc Rochette
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Déjà fermée pour près de deux mois, le sort de la machine numéro 3 à l’usine Kruger-Wayagamack est plus qu’incertain. Le syndicat vient de dire non aux demandes de l’employeur pour réduire les coûts de production car elles touchent le contrat de travail en vigueur.

«On a eu des assemblées (lundi), deux par unité syndicale, on a eu une compilation de tous ces votes-là, c’est-à-dire, unité par unité, mais il fallait que tout le monde, toutes les trois unités, soient d’accord là-dessus. Il y a entre autres une unité syndicale qui n’a pas accepté de donner l’autorisation de bouger dans ce dossier-là», a indiqué le représentant national du Syndicat canadien des communications, de l’énergie et du papier (FTQ), Claude Gagnon.

Sans vouloir dévoiler le résultat précis de la section locale 216 en cause, il n’hésite pas à parler d’une proportion «très élevée» d’hommes de métier et d’employés d’opération à avoir rejeté l’approche patronale.

Provoqué par le déclin du marché du papier annuaire, le changement de vocation de la machine numéro 3 force le syndicat à plancher sur divers scénarios pour rencontrer des objectifs de rentabilité durant la période de conversion.

Depuis deux semaines, les instances syndicales travaillent tantôt entre elles, tantôt avec l’employeur pour lui permettre de limiter ses coûts de production en fonction du budget 2010 et «dans la perspective d’être capable d’avoir des nouveaux clients pour des nouveaux grades de papier pour la machine numéro 3».

«On a fait plusieurs démarches pour regarder ce qu’on est capable de faire comme économies dans les coûts de production et au moment où l’on a été obligé de commencer à discuter des clauses de la convention, on était contraint de vérifier ce mandat-là avec nos membres», a expliqué M. Gagnon.

C’est que les syndiqués avaient exigé à leurs dirigeants de ne pas toucher au contrat de travail dans les pourparlers. Sauf que s’il fallait se rendre jusque-là, leurs représentants devaient les consulter en assemblée générale pour obtenir leur accord. Et les clauses en question auraient pu avoir un lien avec des réorganisations de la main-d’oeuvre et du travail.

Or, on évoque comme raison du refus le fait que la convention des travailleurs de la Wayagamack, réglée pour dix ans lors de l’achat par Kruger, est en-deça de ce qui est offert dans l’ensemble de l’industrie.

«Avec le refus d’au moins l’une des sections locales, on ne peut pas avoir de discussions sur des choses touchant la convention collective qui sera échue le 30 avril prochain. La négociation est dûe pour le 1er mai qui s’en vient et le règlement modèle est en train d’être négocié», précise Claude Gagnon.

Les pourparlers sont donc rompus «car ce que l’employeur a à faire, il est capable de le faire avec le programme de mobilisation qui a été mis en place et qui donne des résultats». «Il y a beaucoup à aller chercher là-dedans», soutient-il.

Craint-il que la fermeture de la machine numéro 3 se prolonge au-delà du 23 février, tout comme le congé forcé d’une centaine de travailleurs, à la suite du résultat du vote?

«L’employeur va nous aviser, c’est à lui de donner suite après avoir vérifié avec ses mandataires», a-t-il simplement répondu.

Régime de retraite chez AbitibiBowater

Par ailleurs, Claude Gagnon mène de front une autre bataille, celle du régime de retraite des employés d’AbitibiBowater. Et c’est l’unique sujet des échanges qui sont à venir avec l’employeur d’ici la fin de la semaine à Montréal.

Une précision qu’a également tenue à faire le porte-parole de la géante papetière, Pierre Choquette, ainsi que le président de la fédération des travailleurs du papier et de la forêt, Sylvain Parent, la FTPF-CSN représentant presque la moitié des travailleurs syndiqués dans le secteur du papier d’AbitibiBowater.

«Il n’y aura aucune négociation visant le renouvellement des conventions collectives avec aucun syndicat tant et aussi longtemps que l’épineuse question des fonds de pension ne sera pas réglée et il reste encore beaucoup de chemin à faire avant de pouvoir prétendre d’une quelconque entente sur la question», a-t-il insisté pour dissiper toute confusion.

Quant à Claude Gagnon, il a souligné l’ouverture du gouvernement du Québec pour en arriver à des solutions. «Mais le fédéral a fait à peu près rien, je dirais même complètement zéro», a-t-il conclu.